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Depuis près de deux ans, une cinquantaine d’enseignants font la ronde des écoles secondaires de Bandundu (nord-est de Kinshasa), pour faire passer des messages sur la lutte contre le Vih/Sida auprès des jeunes élèves de la ville. Choisis pour leur compétence et leur expérience et âgés de 50 à 60 ans, ils parlent sans tabou du Sida aux élèves, des modes de contamination, des méthodes pour se protéger contre la maladie et surtout de la nécessité de se faire dépister. Une méthode qui a commencé à porter ses fruits. "J’ai réussi à convaincre de nombreux élèves qui m’ont demandé de les accompagner au centre de dépistage volontaire", se félicite Josée Kingelezi.
Chaque semaine, on observe une file de dix à quinze élèves devant le pavillon du Conseil de dépistage volontaire (CDV) de l’hôpital général de référence de Bandundu. Tout comme à l’Action communautaire Sida (ACS), un autre centre de dépistage volontaire, qui accueille six à dix élèves par jour, qui veulent connaître leur état sérologique. "Le résultat est satisfaisant. L’affluence de ces jeunes vers les centres le démontre", reconnaît Jules Mungungi du CDV, qui attribue ce succès à la confidentialité et à la discrétion des enseignants. Aussi, parce qu’ils "évoluent dans la sérénité dans leur milieu naturel de travail et usent de leur savoir pédagogique pour parler aux élèves", se félicite Benjamin Kaswama du Programme national multisectoriel de lutte contre le Sida (Pnmls), initiateur de cette campagne.
D’abord gagner la confiance des élèves
Avant de parler du Vih/Sida aux élèves, les enseignants sont eux-mêmes formés. Ils apprennent quelques techniques pour captiver l’attention des jeunes. Avec des mots bien choisis qui ne blessent pas leur pudeur, ils leur parlent de sexe, de l’usage du préservatif lors des relations sexuelles, des avantages de l’abstinence et de la fidélité pour se protéger contre le Vih/Sida et des maladies sexuellement transmissibles, de l’importance de prendre des anti-rétroviraux pour les personnes séropositives ou encore de la nécessité de se faire prendre en charge par des services spécialisés, dès qu’on est contaminé... Lors de ces séances, "le comportement de l’enseignant compte beaucoup pour gagner la confiance des élèves", explique l’un des formateurs, André Kipoy.
Par groupe de deux appelé "paires éducateurs", ces enseignants prennent chaque fois en charge une classe. Ils la visitent régulièrement et répondent aux questions des jeunes sur le Sida. Devenus familiers, les deux parties se fixent souvent des rendez-vous, multipliant les visites même en famille, pour le suivi et le contrôle de comportement. Ce n’est qu’après avoir obtenu le consentement pour le dépistage que les enseignants accompagnent les élèves vers le CDV. Ils continuent à les encadrer même après les résultats, qu’ils soient négatifs ou positifs
Fiers de leur travail
Déclaré séronégatif au sortir d’une séance de dépistage volontaire, Tansele Manda exprime aujourd’hui son immense soulagement. "Les enseignements reçus m’ont aidé à ne plus avoir peur du dépistage", témoigne-t-il. Un autre élève qui se faisait passer pour un "champion" du sexe, pour ses visites nombreuses chez des prostituées de la ville et craignait d’être déclaré séropositif, a juré de contrôler son comportement sexuel après son dépistage également volontaire."Je n’ai pas cru quand j’ai été déclaré séronégatif. Désormais, préservatif ou abstinence !", s’est-il exclamé devant ses collègues.
L’Unicef qui appuie cette campagne encourage les élèves à faire confiance aux enseignants. Ceux-ci sont d’ailleurs très fiers du travail qu’ils font, car en plus il leur permet de compléter leurs maigres salaires de 35 000 Fc (45 $). Pour une séance d’éducation des élèves, ils sont en effet payés 20 $. "Lors d’une campagne d’intenses activités, chacun peut s’en sortir avec 80 $", reconnaît l’un d’eux, Joseph Kilanda. Tous proches de la retraite et ne pouvant pas beaucoup compter sur la pension payée aux enseignants retraités (1/3 du salaire, environ 18 $), ils vont continuer à faire ce travail après leur carrière, pour garantir leurs vieux jours. Car, comme le promet Marie-Jeanne Ilenda, "aussi longtemps que la pandémie du Sida persistera, nous resterons à l’œuvre puisqu’il s’agit d’un problème de santé publique."
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