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Les déterminants des comportements sexuels chez les jeunes en zone urbaine du Cameroun.
Sidanet, 2004, 1(9) : 712
Lundi 20 septembre 2004
• C. J. TCHUANI, F. NDONKO
tchuani@yahoo.fr
Contexte

 Depuis l’apparition du premier cas de Sida au Cameroun en 1985, le taux de prévalence ne cesse de croître d’une manière exponentielle. Il est en effet passé de 0,5% en 1987 à 12% en 2003, soit 24 fois sa valeur de base en l’espace de 15 ans. Les données relatives à l’évolution du VIH/sida indiquent que les jeunes en général, paient le plus lourd tribu à cette pandémie et ceux âgés entre 15 et 24 ans en particulier sont les plus touchés.
Face à cette situation particulièrement dramatique, plusieurs programmes de sensibilisation et de prévention ont été élaborés et mis en place dans l’optique de réduire les comportements sexuels à haut risque. Contre tout attente, la prévalence a maintenue une croissance vertigineuse et les comportements à haut risque se sont intensifiés, ceci laissant davantage croire que les programmes jusqu’ici, non pas atteint les objectifs assignés. Compte tenu de la priorité accordée à la lutte contre la pandémie du sida, il est urgent, avant toute intervention visant la réduction des comportements sexuels à risque chez ces jeunes, de maîtriser les facteurs qui poussent ces derniers à adopter des comportements sexuels particuliers donnés.

Objectifs

  • Évaluer la prévalence des comportements sexuels à risque chez les jeunes dans les zones urbaines, et d’autre part, construire un indicateur du niveau du comportement sexuel (indice composite) permettant de classifier d’une manière globale, les jeunes selon le degré de risque lié à leurs comportements sexuels. 
  • Recenser les facteurs d’ordre environnemental, socio-économique, culturel, structurel fortement corrélés aux comportements sexuels

Méthodes

 Cette recherche des déterminants des comportements sexuels chez les jeunes a fait l’objet d’une étude approfondie. Deux principales sources d’information ont été utilisées dans le cadre de cette étude. Premièrement, une recherche documentaire a permis de recenser les différents aspects qui ont été étudiés et d’en dégager également leurs limites ainsi que les aspects qui n’ont jamais été explorés. La seconde source était une enquête à trois degrés réalisée auprès de 418 jeunes dans la ville de Yaoundé.
L’analyse a été réalisée avec les logiciels et utilitaires : SPSS, SPAD, XLSTAT. Après l’analyse des corrélations bi-variées, l’analyse factorielle des correspondances (AFC) a été effectuée afin de ressortir les corrélations entre des groupes de variables.

Résultats

 Il ressort effectivement de cette étude, que les jeunes sont précocement sexuellement actifs et ont adopté des comportements sexuels à haut risque au cours des douze derniers mois précédant l’enquête. En effet, plus de huit jeunes sur dix (82%) sont sexuellement actifs avant 25 ans et seulement un jeune sur deux (51%) déclare avoir utilisé le préservatif lors du premier rapport sexuel.

Plusieurs comportements sexuels à haut risque ont été observés au cours de cette étude.

  • Six garçons sur dix (59%) ainsi qu’un quart des filles (25%) ont déclaré avoir eu plus d’un partenaire sexuel au cours des douze derniers mois.
  • L’utilisation du préservatif reste très faible. Seulement 65% des jeunes l’on utilisé lors de leur dernier rapport sexuel.
  • Un indicateur dénommé « Indicateur du Niveau du Comportement Sexuel » a permis de classer les jeunes suivant trois niveaux de risque liés aux comportements déclarés. D’après cet indicateur, 63,5 % de garçons et 51,4% de filles ont adopté au cours des douze derniers mois un comportement sexuel à haut risque, 10,8% de garçons et 13,5% de filles ont adopté un comportement sexuel à risque modéré et enfin, 25,7% de garçons et 35% des filles ont déclaré avoir adopté un comportement sexuel dont le niveau de risque est qualifié de faible.

Cette étude a révélé plusieurs facteurs liés au comportement sexuel des jeunes.

  • Il ressort d’une manière assez précise, que quelque soit le sexe, les jeunes exposés à la pornographie (Sites, Romans, Films) adoptent généralement des comportements sexuels à haut risque. A titre d’illustration, 70% des jeunes exposés aux films pornographiques ont adoptés un comportement sexuel à haut risque contre seulement 57% et 41% respectivement chez les garçons et filles non exposés.
  • Les jeunes non scolarisés sont plus vulnérables que ceux scolarisés (p = 0,06 chez les garçons et p=0,02 chez les filles). D’après cette étude, plus le niveau d’instruction croît chez les garçons, plus ils adoptent des comportements sexuels à risque élevé.

Plusieurs autres facteurs pertinents ont été recensés.

  • Sur le plan familial, il ressort que l’attitude des parents vis-à-vis de l’usage du préservatif (chez les filles p= 0.07) ainsi que vis-à-vis des partenaires sexuels (chez les filles p=0.027), de même que leur discours sur le préservatif sont des éléments favorisant des conduites sexuelles particulières. En particulier chez les filles, le fait d’approuver ou de manifester une neutralité sur la possibilité d’avoir des partenaires sexuels, poussent celles-ci à adopter des comportements sexuels à haut risque. Les données relatives à cette variable indiquent que 65% des filles dont les parents sont neutres sur la possibilité d’avoir des partenaires sexuels contre seulement 37% pour celles dont les parents désapprouvent, ont eu un comportement sexuel à risque très élevé au cours des douze derniers mois.
  • Enfin, la discrimination vis-à-vis des personnes infectées (chez les garçons p=0,04 chez les filles p=0,1) ainsi que l’intensité d’exposition des jeunes aux programmes de sensibilisation (chez les garçons p=0,002) et l’exposition aux activités religieuses (chez les filles p=0,02) ont été recensés comme des facteurs associés aux comportements sexuels. En ce qui concerne la discrimination, l’un des mérites de cette étude est qu’elle montre que la stigmatisation et la discrimination poussent à l’adoption des comportements sexuels à haut risque, 80% des garçons et 56% des filles ayant manifestés un rejet vis-à-vis des personnes infectées ont adopté un comportement sexuel à haut risque contre seulement 58% et 50% respectivement pour les garçons et filles qui n’ont pas pratiqué la stigmatisation. Plus les garçons sont exposés aux programmes de sensibilisation, moins ils adoptent des comportements sexuels à haut risque.

 Recommandations.

 D’après les résultats de cette étude, il est impératif d’accentuer la lutte contre la stigmatisation tout en faisant ressortir les dangers liés aux comportements sexuels des jeunes qui la pratiquent.
Une éducation des parents sur l’éducation sexuelle de leurs enfants reste une nécessité impérative pour que la conjonction des efforts menés jusqu’ici dans la sensibilisation et la prévention accélère des effets escomptés.
La mise en place d’une politique de sensibilisation pour le groupe des jeunes non scolarisés réduirait la forte prévalence des comportements sexuels à haut risque compte tenu même du fait que ces jeunes représentent 33% des jeunes interrogés.

Cameroun
Date de publication : Lundi 20 septembre 2004